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Moment // 28 Novembre 1973 : La mode américaine l’emporte sur les couturiers français lors de la Bataille de Versailles

Des mannequins défilent lors du segment d’Oscar de la Renta durant la Bataille de Versailles / Alain Dejan/Sygma/Corbis

S’il est juste de dire que la mode française est l’une des industries les plus importantes depuis des siècles, il est aussi essentiel de rappeler qu’elle a été profondément secouée (pour le meilleur) il y a quelques décennies.

Un soir neigeux de 1973, cinq couturiers français ont en effet affronté cinq de leurs homologues américains durant ce qui est désormais connu sous le nom de Bataille de Versailles. Le sang n’a pas coulé et aucun boulet de canon n’a été tiré. Mais les égos ont été subtilement blessés et la mode n’a plus jamais été la même depuis.

Tout a commencé quelques mois plus tôt, lorsqu’Eleanor Lambert (celle-là même à qui l’on doit la toute première Fashion Week et qui a co-fondé le CFDA) discutait avec une amie d’une nouvelle manière de lever des fonds pour la restauration du Château de Versailles.

Représentant plusieurs designers américains, Eleanor Lambert a alors eu l’idée de proposer une compétition amicale, qui verrait ses protéger se mesurer à de grands couturiers français. Le résultat ? Un show unique, qui ferait entrer une mode moderne sous les ors du Palais.

Bill Blass, Anne Klein, Halston, Oscar de la Renta et Stephen Burrows représenteraient les Etats-Unis. Marc Bohan, Yves Saint Laurent, Pierre Cardin, Emanuel Ungaro et Hubert de Givenchy défendraient les couleurs de la France.

Mais tandis que les Français ont offert un défilé grandiose (et long de deux heures) inspiré des plus anciennes gloires du pays, les Américains ont quant à eux présenté une vision plus simple qui a prouvé que le prêt-à-porter était l’avenir. Doté d’un budget incroyablement plus restreint que leurs adversaires, ils ont mis en place un spectacle à la fois innovant et divertissant.

Les Français avaient invité Josephine Baker, Jane Birkin et ont fait chorégraphier leurs défilés par Jean-Louis Barrault. Les Américains avaient enrôlé Liza Minelli et travaillé (en partie) sous la direction de Kay Thompson, notamment célèbre pour son rôle dans le film Funny Face. Mais en plus de présenter une vibe bien plus sporty que leurs collègues parisiens, les designers venus d’outre-Atlantique avaient apporté autre chose dans leurs valises : la diversité.

Mettant en scène dix mannequins Noirs (une première à l’époque), les créateurs ont laissé leurs modèles exprimer leurs personnalités et entraîner leurs autres filles. De Billie Blair qui prenait dramatiquement la pose dans une robe signée Bill Blass à une Pat Cleveland tourbillonnant telle une tornade dans une robe imaginée par Stephen Burrows, elles ont mené la danse et mené le show vers de nouveaux sommets. Une conclusion également tirée par Oscar de la Renta : « Les mannequins Afro-Américains ont fait la différence », déclarait-il il y a quelques années. « C’est indiscutable ».

Qui plus est, ayant compris le besoin ultime de donner vie à leurs vêtements sur la scène versaillaise, les cinq protégés d’Eleanor Lambert avaient également choisi de faire défiler uniquement des « runway girls », des modèles habituées des podiums. Et c’est exactement ce que ces trente-six mannequins ont fait cette nuit-là : insuffler une âme et une personnalité aux créations qu’elles présentaient.

Et si aucun gagnant n’a formellement été annoncé ce soir-là, les applaudissements de la foule étaient suffisants pour savoir à qui revenait la couronne…

Le livre pour en savoir plus : “The Battle of Versailles, The night American fashion stumbled into the spotlight and made history”, de Robin Givhan


Moment // November 28th, 1973: American designers defeat French couturiers during the Battle of Versailles

While it’s accurate to say that French fashion has been celebrated as one the most prominent industries for many centuries, it is also fair to remind that it was shaken off for the better by a bunch of American designers a few decades ago.

On a cold evening of 1973, five French couturiers measured themselves up to five of their American counterparts during what it is nowadays known as The Battle of Versailles. No blood was spread, no bullets were fired. But many egos were bruised, and the face of fashion was changed forever afterwards.

It all started a few months prior when Eleanor Lambert (the same lady who created the very first Fashion Week ever and co-founded the CFDA), chatted with a friend about a new way to raise money for the restoration of the Château de Versailles.  

Representing many American designers, Lambert came up with the concept of a gentle competition, that would pit them against French couturiers. It would be a show like no other, introducing modern, transatlantic fashion into the gilded galleries of the palace.

Bill Blass, Anne Klein, Halston, Oscar de la Renta and Stephen Burrows would represent America. Marc Bohan, Yves Saint Laurent, Pierre Cardin, Emanuel Ungaro and Hubert de Givenchy would represent France.

And while the French offered a grandiose show that dug deep into the old glories of the country and its fashion, the Americans went for a simpler vision that definitely put ready-to-wear on the map. With a (way, way) smaller budget that then opponents, they put together a show that was both innovative and entertaining.

The French invited Josephine Baker and had their segments choreographed by Jean-Louis Barrault. The Americans enrolled Liza Minelli and worked under the direction of Kay Thompson. But more than just having a sportier vibe than their Parisian colleagues, American designers brought another thing to the table: diversity.

Showcasing ten Black models (a first at the time), they let the girls express themselves and inspire the others on stage. From Billie Blair posing dramatically in a Bill Blass dress to Pat Cleveland spinning on stage in a Stephen Burrow’s number, they led the pack and took the show to new heights. “What made our show was the Black American models”, Oscar de la Renta remembered afterwards. “There is zero question about that.” More. The Americans chose to cast only runway girls, as they understood the need to bring the clothes to life. And that is exactly what their contingent of thirty-six models did that night.

And while no winner was formally announced at the Palace this evening, the cheers from the audience were enough to convince anyone of its identity.

The book to go deeper: “The Battle of Versailles, The night American fashion stumbled into the spotlight and made history”, by Robin Givhan

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